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Définition

La sclérose en plaque est une maladie auto-immune touchant le système nerveux central(1) et plus précisément les oligodendrocytes. Ces derniers sont responsables de la production des gaines de myéline entourant les axones des neurones.
La myéline est une membrane qui isole les nerfs et permet une transmission rapide de l’influx nerveux. Une vitesse de conduction élevée de l’influx nerveux permet à l’individu d’exécuter des mouvements rapides et coordonnés sans en être conscient.

Dans la sclérose en plaque – ou SEP – on constate une destruction des gaines de myéline, c’est-à-dire une démyélinisation ; d’où, une diminution de la vitesse de conduction de l’influx nerveux. Cette démyélinisation entraîne différents symptômes neurologiques selon l’axone atteint dans le SNC et peut concerner autant les fibres motrices que les fibres sensitives. On parle de dissémination spatiale des symptômes.

La SEP touche, dans deux tiers des cas, des femmes dont l’âge se situe entre 20 et 40 ans.
Elle est également beaucoup plus fréquente dans l’hémisphère nord.
Enfin, il existerait, dans 15 % des cas, un facteur familial avec des antigènes d’histocompatibilité HLAB7 et W2. Cependant, la SEP n’est pas une maladie héréditaire.
Pour l’instant, personne n’a pu déterminé de facteurs environnementaux ou génétiques pouvant prédisposer à la maladie.

Physipathologie

La SEP est caractérisée par des plaques de démyélinisation au sein de la substance blanche(2) du SNC. La localisation des plaques peut être très variable : le nerf optique, le corps calleux, la moelle, le cervelet…

1.Le système nerveux central ou SNC comprend le cerveau, le cervelet, le tronc cérébrale, la moelle épinière ainsi que le nerf crânien I ou nerf optique.

2.La substance blanche est la partie du SNC comprenant des axones myélinisés.

Dans la SEP, la gaine de myéline est le siège de différentes réactions :

– une destruction accompagnée d’œdème,
– des réactions inflammatoires suivies de tentatives de cicatrisation,
– des infiltrations de cellules mononucléées.

Ces différentes réactions sont souvent suivies d’un processus de réparation avec re-myélinisation. On note la coexistence de plaques d’âges différents dans le SNC.

En fait, la physiopathologie de la sclérose en plaque n’est pas encore bien connue. Cependant, il a été observé, lors d’études histologiques, qu’un mécanisme immuno-pathologique est bien présent. Il y aurait formation de clones lymphocytaires qui, après une rencontre avec un ou des agents infectieux, seraient susceptibles de s’attaquer aux gaines de myéline.

Symptômes

Les symptômes dépendent de la localisation des plaques de démyélinisation ainsi que du nombre de poussées inflammatoires. Comme il y a une dissémination spatiale des plaques, tous les systèmes fonctionnels neurologiques peuvent être atteints.

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Ces symptômes peuvent être exacerbés temporairement par une augmentation de la température corporelle comme lors d’une infection, d’une exposition au soleil ou d’une activité physique, lors d’émotions fortes ou de stress. Il s’agit du phénomène d’Uhthoff. Ce dernier disparaît totalement dans un délai allant de 30 minutes à 3 heures. On constate que 30% des patients évitent l’activité physique par peur de ce phénomène.
Les patients souffrant de sclérose en plaque mentionnent également une sensation de fatigue générale imprévisible et sans rapport avec l’activité en cours.

Diagnostic

Examen clinique

Deux éléments peuvent orienter le diagnostic;

– Le premier est la dissémination temporelle des symptômes, c’est-à-dire, la succession de poussées neurologiques dans le temps. Par exemple, une névrite optique puis un syndrome cérébelleux, ou un déséquilibre vestibulaire suivi d’une hémiplégie.

– Le second élément est la dissémination spatiale, c’est-à-dire, la présence de symptômes concomitants à des endroits anatomiques différents. Par exemple, une dysmétrie et un signe de Babinski(3) , ou une altération du champ visuel et une hémiplégie.

 

3. Le signe de Babinski est un signe clinique en médecine qui désigne une extension lente, « majestueuse », du gros orteil, par stimulation de la région externe de la plante du pied, inconstamment associée à une abduction des autres orteils. (Le mouvement normale serait une flexion du gros orteil). 13 Présence de protéines dans le liquide céphalo-rachidien.

Examens complémentaires

– L’analyse du liquide céphalo-rachidien (via ponction lombaire) : elle permet de détecter des cellules mononucléées correspondant à une inflammation du système nerveux. La protéinroachie13 est augmentée dans 1/4 des cas. Cet examen n’est pas spécifique à la sclérose en plaques donc ,ne suffit pas à lui seul. Mais, il permet de diriger le diagnostic vers la SEP.

1– L’examen par IRM : les séquences pondérées en T2 démontrent des hyper-signaux dans la substance blanche. Il s’agit de lésions pouvant être de différents types anatomiques. Au niveau encéphalique, les signaux sont disséminés dans la substance blanche souvent au niveau des régions péri-ventriculaires.
Lorsque la symptomatologie évoque un syndrome médullaire, on peut pratiquer une IRM médullaire. Mais, la mise en évidence des hyper-signaux y est plus difficile suite à la présence du liquide céphalo-rachidien qui lui, naturellement, émet un hyper-signal.

Le début d’une sclérose en plaque est cependant difficile à différencier d’autres pathologies, sur seule base d’un examen IRM.

– Les potentiels évoqués : visuels, auditifs, moteurs ou sensitifs permettent aussi d’objectiver une perturbation fonctionnelle dans la conduction des influx nerveux. Un patient pourrait n’avoir aucune plainte clinique alors que les potentiels évoqués démontrent des anomalies. Le potentiel évoqué visuel est important dans le diagnostic d’une névrite optique sans symptomatologie clinique.

Diagnostics différentiels

Les diagnostics différentiels sont très nombreux en début de maladie vis-à-vis d’autres maladies inflammatoires comme : le lupus, la sarcoïdose, les artérites cérébrales…
Un diagnostic différentiel peut être posé entre les maladies directement progressives et une tumeur cérébrale ou des accidents vasculaires à répétition chez les patients plus âgés.

Forme de la pathologie & évolution

Types de SEP

Ils existent 4 types de sclérose en plaques :

sep4• La sclérose en plaque bénigne.
Elle est consécutive à une ou deux attaques avec rémission totale, ne s’aggrave pas avec le temps et n’entraîne pas d’infirmité permanente. Elle s’accompagne le plus souvent de symptômes peu sévères (de types sensitifs).
Fréquence : 20 %

sep5• La sclérose en plaques rémittente :
= « relapsing-remitting ».
Elle évolue par poussées, laissant ou non des séquelles.
Fréquence : 25% des cas.

sep6• La sclérose en plaque secondaire progressive.
On la retrouve chez des individus qui, à l’origine, étaient atteints d’une SEP rémittente. Une infirmité progressive se développe (souvent après 10 ans d’évolution), et cela indépendamment des poussées. Elle s’accompagne de récidives surajoutées.
Fréquences : +/- 40%

sep7▪ La sclérose en plaque primaire progressive.
Elle est caractérisée par une absence de poussées distinctes. On a une installation et une aggravation progressive des symptômes, accompagnées d’une accumulation des déficits et des infirmités (qui peuvent se stabiliser ou s’aggraver).
Fréquence : environ 15%

Evolution

La SEP peut évoluer sous forme de poussées ou de manière continue.
Une poussée est caractérisée par l’apparition de nouveaux symptômes neurologiques en l’espace de quelques heures à quelques jours. Ces symptômes perdureront durant une période minimum de 24 heures et il s’en suivra une régression totale ou partielle. La rémission entre deux poussées doit être de minimum 30 jours.
Une progression est caractérisée par une aggravation continue des symptômes neurologiques pendant au minimum 6 mois.

Dans 85% des cas, l’évolution est d’emblée par poussées. Après 10 ans d’évolution, 50% de ces patients évoluent vers une forme progressive.
Par contre, 15% des patients ont directement une maladie progressive surtout au-delà de 40 ans.
Il semblerait que, si le patient commence jeune, si les poussées sont très espacées et si le mode est rémittent, le pronostic serait de meilleur augure.

Traitement médicamenteux

Traitement de la poussée

En cas de poussée, les patients prennent des corticoïdes à forte doses durant 3 à 5 jours. Cela permet d’accélérer la récupération mais ne diminue pas l’étendue des symptômes. Les corticoïdes se prennent par voie intraveineuse.

traitement de fond

Les traitements de fond sont utilisés dans le but d’avoir une action sur les réactions immunitaires. Dès lors, ils permettent de réduire la fréquence des poussées inflammatoires et ainsi de ralentir l’évolution de la pathologie.

Le traitement consistera en une prise d’immuno-suppresseur tel l’interféron Bêta (exemple : Avonex®, Rebif®, Betaferon®). L’interféron est administré sous forme d’injection sous-cutanée ou en intra-musculaire, de manière mono ou pluri-hebdomadaire. Il a des propriétés anti-inflammatoires et de protection de la barrière hémato-encéphalique.
Les effets secondaires des interférons (fièvre, douleur musculaire, douleur articulaire, asthénie(4) ,…) sont variables d’un patient à l’autre et diminuent dans le temps pour être à leur minimum après 3 mois.

Il existe un immuno-modulateur : l’acétate de glatiramère qui a une efficacité similaire à celle des interférons mais avec moins de contre-indications.
Dans les formes plus sévères de la maladie, on prescrit des immuno-suppresseurs comme la mitoxantrone.

Traitement symptômatique

Les traitements symptomatiques sont plus que nécessaire. Ils permettent de traiter les complications de la maladie et d’améliorer la qualité de vie des patients.

Pour lutter contre la spasticité, un traitement antispastique peut être envisagé : soit une pompe à Baclofène (délivrant de petites doses de Baclofène en intrathécal(5) ), soit des injections de toxine botulique qui permet d’affaiblir un muscle spastique particulier. Cependant, ces effets sont limités dans la durée à quelques mois.

On prescrira un traitement kiné pour lutter contre les déformations, pour garder ou retrouver un meilleur équilibre et une bonne motricité.

Les troubles urinaires seront surveillés. Des anticholinergiques seront utilisé en cas d’hyperactivité vésicale (exemple : urgences mictionnelles) ; des alpha-bloquants, contre l’hypertonie sphinctérienne.
Les douleurs seront soulagées par des antalgiques classiques.

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4. Affaiblissement généralisé et durable d’une personne dans l’exercice de ses activités habituelles, tel qu’elle s’en plaint et que l’on peut le constater dans son comportement.

5. Injection intrathécale = réalisée dans un compartiment fermé ou un espace virtuel

Cas clinique - Exemple

Madame X, âgée de 59 ans, souffre d’une sclérose en plaque rémittente depuis 2006 mais elle n’a été diagnostiquée qu’en 2011.

En 2006, Madame X, professeur d’éducation physique, s’étonne des difficultés qu’elle éprouve pour courir avec ses élèves.
Elle ne peut plus traverser la rue en courant pour éviter une voiture.
Peu de temps après, elle constate que lorsqu’elle marche plus de 3km sa jambe droite traîne.
De plus, elle commence à souffrir de problèmes d’incontinence urinaire en alternance avec des phénomènes de rétention urinaire, ce qui lui occasionne de nombreuses cystites.
Enfin, Madame X souffre de douleurs très intenses au niveau du nerf sciatique.

De 2006 à 2011, Madame X consulte bon nombre de médecins qui la jugent être une malade imaginaire et déclarent qu’elle ne souffre d’aucunes maladies.

Mais, en 2012, un médecin constate chez la patiente, des douleurs pseudo-sciatalgiques, un réflexe rotulien exacerbé, une raideur augmentée par le stress.
Il émet l’hypothèse de la sclérose en plaque.

Il envoie la dame chez un neurologue pour y faire différents examens :

– IRM encéphalique et médullaire qui révèlent des lésions dans la substance blanche.
– des potentiels évoqués visuels qui s’avèrent positifs.
– ainsi qu’une ponction lombaire suivie d’une analyse du liquide céphalo-rachidien qui a également confirmé l’hypothèse d’une SEP.

Madame X est actuellement sous interféron-Bêta (Rebif®), en traitement de fond et sous Solu-Medrol® (corticoïdes), lors des poussées. Deux fois par an, elle va passer les différents tests chez son neurologue.

Elle bénéficie également d’un traitement kinésithérapeutique:

-pour travailler les releveurs du pied droits et ainsi diminuer le fauchage de la jambe droite,
-pour travailler son équilibre,
-pour réduire la spasticité de ses membres inférieurs,
-pour étirer ses grands groupes musculaires atteints.

Phénomènes à prendre en compte avant de réaliser un programme

Echelle EDSS(6)

sep8Il s’agit de la méthode standard d’évaluation de la SEP.
L’évaluation du stade de la SEP est réalisée via l’examen neurologique et celui des capacités fonctionnelles du patient. La SEP étant sujette à des régressions, le stade d’un patient peut évoluer dans l’échelle.
Une valeur entre 5 et 7 correspond à une altération de la fonction ambulatoire ; une valeur entre 7 et 8 correspond à la perte de la marche fonctionnelle mais accompagnée de la conservation des transferts ; au niveau 8, on aura une perte des capacités de transferts mais la conservation de la fonction des membres supérieurs. Les différents stades de la SEP sont repris dans le tableau si dessous.

6. EDSS = Extended Disability Status Scale ou échelle de l’étendue du handicap

Tableau EDSS

0 = Examen neurologique normal
1.0 = Pas de handicap, signes minimes dans un système fonctionnel (S.F.)
1.5 = Pas de handicap, signes minimes dans plus d’un S.F
2.0 = Handicap minime dans un S.F (un S.F coté 2, les autres à 0 ou 1).
2.5 = Handicap minime dans deux S.F (deux S.F cotés 2, les autres à 0 ou 1).
3.0 = Handicap modéré dans un S.F (un S.F coté 3, les autres à 0 ou 1), ou léger handicap dans trois ou quatre S.F. La déambulation reste normale.
3.5 = Déambulation complète mais avec handicap modéré dans un S.F (grade 3).
4.0 = Déambulation complète sans aide, auto-suffisant. Peut être debout ou à l’ouvrage durant 12 heures par jour malgré un handicap assez sévère constitué d’un S.F grade 4 (les autres à 0 ou 1), ou des combinaisons de grade inférieur dépassant les niveaux de cotation précités.
4.5 = Déambulation complète sans aide, à l’ouvrage durant la plus grande part de la journée, capable de travailler un jour entier, peut par ailleurs présenter quelques limitations à une activité complète ou nécessiter une assistance minime ; patient caractérisé par un handicap relativement sévère consistant en un S.F grade 4 (les autres à 0 ou 1) ou des combinaisons de grades inférieurs dépassant les niveaux de cotation pré-cités.
5.0 = Déambulation sans aide ou repos sur environs 200m. Handicap assez sévère pour perturber la réalisation d’activités quotidiennes complètes (par exemple, travailler une journée complète sans aménagements spéciaux).
5.5. = Déambulation sans aide ou repos sur environ 100 m. Handicap suffisamment sévère pour exclure la réalisation d’activités quotidiennes complètes. Equivaut habituellement à un S.F grade 5, les autres à 0 ou 1; ou des combinaisons de grade inférieur dépassant le niveau de cotation 4.0.
6.0 = Soutien intermittent ou unilatéral nécessaire pour parcourir 100 m avec ou sans repos.
6.5 = Soutien bilatéral permanent nécessaire pour parcourir 20 m avec ou sans repos.
7.0 = Incapable de marcher au-delà de 5 m, même avec aide, utilisation essentielle du fauteuil roulant (F.R.). Manipule seul un F.R standard et effectue ses transferts seul ; à l’ouvrage avec F.R environs 12 heures par jour. Equivaut habituellement à une combinaison de S.F avec plus de un grade 4 ; très rarement Pyramidal grade 5 seul.
7.5 = Incapable d’emprunter plus de quelques marches; utilise essentiellement le F.R. Nécessite une aide pour les transferts ; manipule seul un F.R mais ne peut se déplacer seul une journée entière avec un F.R standard ; équivaut habituellement à une combinaison de S.F comprenant plus de un grade 4.
8.0 = Installé essentiellement au lit ou au fauteuil ou déplacé par tiers au F.R mais peut rester en dehors du lit la plus grande part de la journée. Conserve plusieurs fonctions de soins personnels et une utilisation des membres supérieurs. Equivaut habituellement à une combinaison de grades 4 dans plusieurs systèmes.
8.5 = Installé essentiellement au lit la plus grande part de la journée ;conserve parfois une utilisation de ses membres supérieurs, conserve quelques fonctions de soins personnels. Equivaut habituellement à une combinaison de S.F grade 4 dans plusieurs systèmes.
9.0 = Patient dépendant au lit, peut communiquer et s’alimenter.
9.5 = Patient totalement dépendant incapable de communiquer ou de s’alimenter/déglutir ; alimentation par sonde gastrique.
10 = Décès consécutif à la S.E.P

7. Système fonctionel

Complications en liens avec les symptômes

Troubles de la vision:

Il faudra veiller à être dans le champ de vision du patient, pour expliquer un exercice, veiller à ce que les objets soient dans son champ visuel.

Trouble du tonus musculaire:

Il faut tenir compte d’une spasticité potentielle lors des exercices de renforcement. Un travail en isométrique et en excentrique permet d’éviter de déclencher le réflexe myotatique du muscle antagoniste. Au contraire d’un travail en concentrique, ils n’augmentent pas la mise en tension du muscle antagoniste.

Trouble sensitif:

En cas de signe de Lhermitte positif, il faudra faire attention à éviter toute flexion de nuque.

Trouble vestibulaire:

si le patient est atteint de vertiges ou de troubles de l’équilibre, il faudra veiller à sa sécurité et éviter tout risque de chute lors des exercices.

La fatigue:

Elle est présente chez beaucoup de patients et sans rapport avec la gravité des symptômes, elle est augmentée par la chaleur. Pour remédier à ce problème de fatigue, on accompagnera l’activité physique de pauses régulières.

Trouble urinaire:

Importance de montrer d’emblée les toilettes au patient et ainsi éviter tous soucis.

Fluctuation des symptômes:

Tout au long de la journée et des séances, les symptômes sont susceptibles de fluctuer selon le traitement, les émotions, les activités précédentes, la fatigue.

Phénomène d’Uhthoff:

Il s’agit de l’exacerbation temporaire ou l’apparition de nouveaux symptômes pendant l’effort physique, fait lié à l’augmentation de la température corporelle. Il disparaît totalement dans un délai de 30 minutes à 3 heures. Il surviendra plus rapidement lors d’un effort aérobie que lors d’un renforcement musculaire. Pour contrer au mieux ce phénomène, il est conseiller de bien s’hydrater, de prendre une douche fraîche avant et après l’effort, d’installer de long temps de repos entre les exercices.

Objectifs pour personne de stade 1 à 4,5 sur l'échelle EDSS

Objectifs principaux:

• Stimuler la neuroplasticité
• Renforcer la musculature fonctionnelle
• Abaisser le seuil de fatigabilité

Il s’agit d’une personne capable de maintenir ses activités quotidiennes de manière indépendante malgré une atteinte légère ou sévère du système moteur.
L’objectif principal d’une personne d’un stade entre 1 et 4,5 est le réentrainement à l’effort.

Le réentrainement à l’effort permet l’entretien de la force musculaire, de la mobilité articulaire, de la composante cardio-respiratoire. Tous les gains entraînent une diminution de la pénibilité des tâches quotidiennes et une augmentation de la qualité de vie en repoussant le seuil d’apparition de la fatigue.

sep9

L’activité physique permet de casser le cercle vicieux ci-dessus.
Donc, avec une condition physique conservée, on peut éviter un déconditionnement à l’effort ainsi que l’ajout d’handicap.
Une étude(8) a démontré que de bonnes performances cardio-respiratoires pourraient favoriser la plasticité du cortex cérébral chez les patients atteints de SEP. L’activité physique n’aurait apparemment aucun effet sur le pronostic ou l’évolution de la maladie. Mais, ce réentrainement peut être entravé par différents symptômes (déjà cités plus haut dans le cadre du point 8.2) : des difficultés de coordination, troubles de l’équilibre, fatigabilité, troubles de la sensibilité… Il faut également faire attention aux variations de pressions artérielles.

Lors des poussées inflammatoires, il faudra adapter le réentrainement.
Le réentrainement à l’effort comprend une composante d’endurance, de renforcement musculaire et de stretching.

8. De Prakash, Snook et al., 2007

Endurance

Comme les atteintes sont pluri-étagées et que le handicap est limité (dans les stades EDSS 1 -> 4,5), on favorise les exercices globaux impliquant plusieurs grands groupes musculaires comme : le vélo, la marche, le step, la natation(9) …
L’intensité de la séance n’est pas facile à déterminer car un effort trop sollicitant pourrait augmenter la température du patient donc induire une fatigue importante (+Uhthoff) et par conséquent décourager le patient. Mais, un exercice ne créant pas de surcompensation, n’induira pas les adaptations physiologiques désirées (respiratoires, cardio-vasculaires, musculaires).
Pour avoir un bon compromis entre les deux, la fréquence cardiaque d’effort devrait avoisiner les 65-80 % de la fréquence cardiaque maximale, pour un effort final de 45 minutes (augmentation progressive de la durée d’effort pour arriver à 45 minutes). L’effort de 45 minutes sera entrecoupé de périodes de repos pour permettre d’éviter toute fatigue superflue.
Comme certains patients souffrent de troubles de l’équilibre, il faut faire attention au choix de l’activité et éviter les risques de chutes.

Renforcement musculaire

Sclerose_en_plaques_38_des_frany_ais_croient_que_c_est_guerissableLa réalisation des exercices peut être gênée par la présence de spasticité qui est une résistance supplémentaire à contrer par les muscles agonistes au mouvement, et qui peut également perturber la coordination des mouvements.
Le renforcement des muscles agonistes permet de diminuer les conséquences fonctionnelles de la spasticité. La sélection des groupes musculaires à travailler dans un premier temps sont déterminé par le bilan initial, les symptômes du patient.
Chez un patient souffrant de spasticité, on privilégiera le travail dans un mode isométrique et excentrique pour éviter de déclencher le réflexe myotatique du muscle antagoniste. On peut travailler avec ou sans charge en plus et, dans un second temps, ajouter une composante de travail de l’équilibre à l’exercice.

Le nombre de répétitions doit être adapté au cas par cas ; mais, il doit être suffisamment élevé pour provoquer une surcompensation. Par exemple, pour un patient à un stade débutant de la maladie, il devrait être capable de réaliser 2 à 5 séries de 6 à 10 répétitions pour chaque grand groupe musculaire.
Il faudra toujours faire attention au ressenti du patient pour adapter la difficulté de l’exercice. Comme il est fatigable, il a besoin d’un long temps de repos entre chaque série. Il faudra également veiller à limiter et concentrer le travail sur des exercices choisis en fonction des symptômes à améliorer et des souhaits du patient.

9. Il faut faire attention que l’eau ne soit pas trop chaude (inférieure à 27°C) pour éviter l’activation du phénomène d’Uhthoff

Etirements

On favorisera les techniques de mise en tension lente pour éviter de déclencher le réflexe myotatique du muscle étiré.
Par exemple, les postures prolongées passives et maintenues activement par le patient sont à privilégier.

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Programme type de remise en forme

Caractéristiques communes au patient souffrant de sclérose en plaque

Phénomène d’Uhthoff:

Comme déjà mentionné, il s’agit de l’exacerbation ou de l’apparition de nouveaux symptômes pendant l’effort physique. Ce phénomène est lié à l’augmentation de la température corporelle. Il est donc important de rappeler au patient de bien s’hydrater tout au long de la séance et ainsi éviter une augmentation de température trop importante. On peut également lui conseiller de prendre une douche froide avant et après la séance.

Il est aussi essentiel de disposer des longs temps de repos dans la séance.

La fatigue:

Rapportée par 60 à 90% des patients, la fatigue est ressentie comme une sensation d’épuisement, de lassitude. Dès le début de la maladie, elle apparaît brutalement lors d’efforts modérés et lors de démarches intellectuelles. La fatigue est considérée comme un des symptômes les plus invalidants. Elle n’est pas liée au niveau de handicap ou de maladie du patient.
Lors de la séance, il faudra veiller à intercaler des pauses dans le programme pour éviter au maximum son apparition.

Symptômes et troubles pouvant se retrouver chez un patient atteint de SEP

Le tableau ci dessous reprend les symptômes qui peuvent être rencontrer chez la personne souffrant de SEP et leur « intervention » dans le programme en salle.

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Planification du programme de remise en forme

Madame X, âgée de 59 ans, est à 2 dans l’EDSS. Elle présente un fauchage de la jambe droite, des troubles de l’équilibre ainsi que de l’incontinence urinaire.

Échauffement

– Vélo 10min

– Fréquence cardiaque (F.C) 60% du Max (environ 100 puls/’ pour  Madame X

– repos de 5min après l’exercice

– Veiller à l’hydratation de la personne

Renforcement musculaire

Fauchage de la jambe droite
– travail des releveurs de la cheville (jambier antérieur) par exemple un exercice où l’on monte sur pointe de pied
– travail des fléchisseurs de hanches (psoas et droit antérieur)
Troubles de l’équilibre :
– travail, selon le niveau évalué, dans différentes positions
exemple : debout, station bipodale dans un premier temps,
déséquilibres manuels, diminution de la base de sustentation en réduisant l’écart entre les deux pieds fermeture des yeux station unipodale. Utilisation d’un bosu du coté bombé puis du coté plat…
(On peut introduire une notion de temps en chronométrant le record obtenu).
Incontinence urinaire :
– travail hypopressif sur le transverse et le périnée
Musculature profonde :
– proposer différents exercices de gainage selon les possibilités de Madame X au niveau de l’équilibre
Modalité d’exercices :
6 à 10 répétitions et entre 2 à 5 séries pour chaque exercice
Sans oublier un repos suffisant entre chaque série, et une bonne hydratation.

Cardio training

– augmentation progressive de la durée des exercices pour atteindre au final 45 minutes.
– F.C. +/- égale à 65-80% du max (entre 105 pulls et 130 puls/’)
– démarrer avec 2×10 minutes de vélo ou d’elliptique (éviter le tapis roulant avant d’avoir réduit les troubles de l’équilibre)
– intercaller 5 minutes de repos entre chaque exercice « cardio » pour éviter une augmentation trop importante de la température corporelle

Étirements

– du triceps sural ainsi que des fléchisseurs plantaires en générale
par exemple : debout sur un step laisser aller le talon dans le vide, jusqu’à sentir l’étirement.
– des extenseurs de hanches : Ischios-Jambier
par exemple : le pied de la jambe à étirer est légèrement surélevé (step) et l’on réalise une flexion du tronc en gardant le dos droit jusqu’à sentir un léger tiraillement dans l’arrière cuisse.

 

 

Bibliographie

Ce travail a été réalisé en partenariat avec Elisabeth VERVIER – Etudiante en Kinésithérapie (3ème année) – ULG – Année académique 2014 – 2015.

Cours de pathologie spéciale de Mme Foidart
Cours de neurologie appliqué à la kinésithérapie de Mme Demonceau
Bartholomé E., Comprendre et traîter la sclérose en plaque. le guide du patient, sprl Vivio. www. vivio.com.
Flachenecher P., Autoimmune disease and rehabilitation. Article in press, Autoimmunity revieuws, 2011.
Kurtzke, (1983) Rating neurologic impairment in multiple sclerosis: an expanded disability status scale (EDSS). » Neurology 33(11): 1444-1452.
Missaoui, B. and P. Thoumie « How far do patients with sensory ataxia benefit from so-called “proprioceptive rehabilitation”? » Neurophysiologie Clinique/Clinical Neurophysiology 39(4-5): 229-233.
Pelletier, J., B. Audoin, et al. (2009). « Plasticity in MS: from Functional Imaging to Rehabilitation. » Int MS J 16(1): 26-31.
Prakash, R. S., E. M. Snook, et al. (2007). « Cardiorespiratory fitness: A predictor of cortical plasticity in multiple sclerosis. » Neuroimage 34(3): 1238-1244.
Reddy, H., S. Narayanan, et al. (2000). « Evidence for adaptive functional changes in the cerebral cortex with axonal injury from multiple sclerosis. » Brain 123 ( Pt 11): 2314-2320.
Schwid, S. R., M. D. Petrie, et al. (2003). « A randomized controlled study of the acute and chronic effects of cooling therapy for MS. » Neurology 60(12): 1955-1960.
Sultana R., Mesure S., Le Dafeniet P., Heurley G., Crucy M., Sclérose en plaque et kinésithérapie.
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Ligue National Belge de la Sclérose en plaque (http://www.ms-sep.be/fr)
Dictionnaire médical de l’Académie de médecine (http://dictionnaire.academie-medecine.fr )
Cours de Composante de l’aptitude physique Monsieur Jidovtseff